Volume 36 / no1

La terre à bois d’hier et d’aujourd’hui: entre tradition et modernité

Un texte de Nathalie Léonard, fille de Lorraine Longpré et de feu Gilles Léonard

Photo: Gracieuseté de Marie-Hélène Grand'Maison

Au cours de l’hiver dernier, vous avez sûrement remarqué de l’imposante machinerie forestière sur le chemin du Lac Sauvage, des murs de billots de bois empilés et des camions de transport de bois? Ce projet forestier s’est inscrit dans un pan de l’histoire du lac Sauvage que je vous raconterai ici.

Dans les années 1930, Napoléon Grand’Maison et sa femme Gertrude ont été les premiers à s’installer dans la région du lac Sauvage. Comme famille pionnière, ils ont défriché, construit des chemins, exploité le bois environnant, fait de l’agriculture malgré les conditions arides de la terre. Ils ont également construit une première petite maison et y ont élevé leur famille, pour ensuite construire une plus grande maison, la vieille maison bleue, celle qui se trouve en haut de la côte menant au lac Sauvage.

Derrière la plantation de pins rouges qui longent la route se trouvaient alors des champs de patates et de rutabagas. Difficile labeur lorsqu’on constate la quantité de roches que M. Grand’Maison a dû sortir de la terre pour pouvoir la cultiver. Des clôtures de roches sont d’ailleurs encore présentes sur la terre. Lorsque les 12 enfants Grand’Maison ont quitté la maison familiale, le couple s’est établi près du lac laissant leur maison en location.

Ce sont mes parents, Gilles Léonard et Lorraine Longpré, ainsi que 2 couples d’amis qui ont loué ce qu’ils appelaient à l’époque « La ferme ». À côté de cette maison se trouvait la première maison de la famille Grand’Maison que nous appelions « La boutique » et qui servait d’atelier, de cabane à sucre et même, de poulailler. Aujourd’hui, ce bâtiment n’existe plus. À cette époque, le chemin du Lac Sauvage était en terre battue et victime des aléas de la température.

Pendant quelques mois, mes parents et leurs amis ont donc loué cette maison et peu de temps après, dans les années 1970, ils ont acheté la maison et la terre. Mon frère Thierry et moi y avons vécu avec nos parents jusqu’à notre entrée au CÉGEP. À l’époque, c’était un taxi scolaire qui nous amenait à l’école, car nous étions les seuls jeunes de la région du lac Sauvage qui vivaient en permanence dans le secteur.

Ce retour à la terre a permis à mes parents d’avoir, à leur tour, un grand jardin, quelques animaux de ferme, un tracteur et d’entretenir la terre des Grand’Maison. À la fin des années 1990, la vocation du grand champ cultivé a changé, car mes parents se sont associés avec la Société Sylvicole Terra-bois afin d’y planter plus de 32 000 conifères.

Finalement, après plusieurs décennies à prendre soin de cette maison patrimoniale, mes parents ont décidé de la vendre et elle appartient maintenant à 2 des petits-enfants Grand’Maison soit Marie-Hélène et Alexandre. Mes parents ont conservé la terre à bois que mon père entretenait régulièrement. Par contre, depuis la plantation de conifères, aucun travail de récolte majeur n’avait été effectué. Ces conifères qui n’étaient pas visibles de la route poussaient un peu trop collés les uns sur les autres et ils avaient un grand besoin qu’on y effectue des éclaircies afin de favoriser la croissance des meilleurs arbres et diversifier les écosystèmes.

C’est dans ce but que vous avez pu observer la présence d’une imposante machinerie pendant 2 semaines en haut de la côte du lac et ensuite, le transport de tous ces troncs vers le moulin à scie Crête situé en bordure de la 117. Des opérations forestières qui ont été organisées et étudiées et que mes parents planifiaient depuis fort longtemps afin de rajeunir la forêt, protéger les sols, préserver la faune et la biodiversité. C’est finalement ma mère qui, à la suite du décès de mon père, a réalisé ce grand projet de récolte de bois.

De la famille pionnière des Grand’Maison qui effectuait tout le travail à la main et avec des animaux dans les années 1930 jusqu’à la coupe de bois de 2025 faite par une machinerie ultramoderne respectant un plan d’aménagement forestier et faunique, les temps ont bien changé. Toutefois, le désir de prendre soin de ce territoire demeure comme à l’époque de l’arrivée de ces pionniers qu’ont été Napoléon et Gertrude Grand’Maison.