Volume 36 / no1

L’avenir du Plongeon huard: un enjeu pour nos lacs

Un texte de Nathalie Léonard

Pour cette deuxième chronique ornithologique, ce n’est pas d’une espèce rare dont je souhaite vous parler, mais plutôt d’un oiseau que vous côtoyez tous les étés et dont le journal porte fièrement le nom: le Plongeon huard. Vous l’admirez de la berge ou en embarcation et son chant vous accompagne durant la saison estivale, mais connaissez-vous bien ce fascinant oiseau aquatique? Savez-vous où il passe l’hiver, pourquoi il choisit de revenir au lac Sauvage et quels sont les défis reliés à sa reproduction?

De novembre à mars, les Plongeons huards vivent en eau salée. C’est en avril qu’ils quittent leur aire d’hivernage en groupe pour venir nicher en eaux douces. Chaque année, leur retour parmi nous ne passe pas inaperçu grâce à leur chant charismatique qui surprend et envoûte.

Nageurs habiles dont la vue est excellente, ils se propulsent sous l’eau afin d’attraper les poissons. Recherchant leur nourriture à environ cinq mètres de profondeur et à 150 mètres de la rive, ils choisissent des lacs aux eaux bien claires.

Leurs pattes situées à l’arrière de leur corps leur permettent une nage efficace. Beaucoup moins habiles pour se déplacer sur la terre ferme, ils rampent uniquement pour se reproduire ou pour couver leurs œufs. Ils nichent donc très près de la rive dans un site discret ou sur une île afin d’avoir une vue d’ensemble de leur nid et afin de surveiller les intrus. Ce n’est qu’à partir de l’âge de 6 ans que les Plongeons huards se reproduisent. Ils pondent généralement un ou deux œufs en mai ou en juin et la période d’incubation dure environ 30 jours. Femelles et mâles couvent les œufs.

À la suite de l’éclosion, les poussins se reposent sur le dos ou sous les ailes de leurs parents. Un formidable spectacle à admirer! Après 2 jours, ils font de petites plongées et après 2 mois, leur premier vol. Mais avez-vous remarqué qu’il n’y a pas de poussins chaque été au lac Sauvage? Comment expliquer cette situation?

En fait, le mode de reproduction du Plongeon huard le rend très vulnérable. Des vagues importantes provenant d’embarcations, la présence humaine et la pêche à proximité, l’utilisation de leurres en plomb, sans oublier des pluies abondantes comme nous avons connues à l’été 2024 ont des conséquences fatales sur la nidification. De plus, en nichant au sol en bordure des rives, les Plongeons huards demeurent des proies faciles pour les prédateurs.

Depuis 1981, l’Inventaire canadien des Plongeons huards a fait un suivi sur la reproductivité des couples sur plus de 4500 lacs et les données confirment qu’ils sont en déclin dans plusieurs parties du Canada. Afin d’aider à la nidification, certaines associations (dont celle du lac de la Blanche à Mont-Blanc) installent des îlots flottants qui réduisent la prédation de certains mammifères, éliminent les nids inondés dus aux fluctuations du niveau de l’eau et cette démarche collective permet de sensibiliser les riverains aux besoins des Plongeons huards.

Compte tenu de cette situation précaire du Plongeon huard et soucieuse et de son avenir, je me suis associée à M. Denis Réale, professeur au département des Sciences Biologiques de L’UQAM et grâce à la subvention du Programme engagement du Fonds de recherche du Québec, Denis Réale et moi travaillerons avec des résidents bénévoles de différents lacs des Laurentides afin d’évaluer la relation entre la fréquentation humaine et le succès de reproduction de cet oiseau emblématique. Cette recherche nous permettra éventuellement de trouver les solutions pour éviter son déclin alors que les lacs des Laurentides sont de plus en plus fréquentés.

«Les perturbations de son habitat tel que les dérangements répétés de son lieu de nidification sont des facteurs pouvant mettre en péril la survie des petits. Les oisillons peuvent, par exemple, cesser de s’alimenter, développer des maladies ou même être abandonnés par leurs parents. » Fondation de la faune

Je vous invite donc à protéger le Plongeon huard en demeurant à distance (environ 100 mètres) particulièrement entre le mois de mai et de juillet afin que l’élevage des petits se fassent dans la quiétude et la tranquillité et que les générations actuelles et futures puissent profiter de ce merveilleux joyau de nos lacs. N’hésitez pas à partager ces mesures de protection afin d’assurer la pérennité du Plongeon huard au lac Sauvage.

Bonne observation à distance et bon été à tous! Dernier paragraphe, ajouter cette phrase: « Si vous souhaitez participer à notre programme en transmettant vos observations sur le lac Sauvage, vous pouvez entrer en communication avec notre équipe.

Références 

https://www.allaboutbirds.org/guide/Common_Loon/overview

https://www.oiseauxcanada.org/le-plongeon-huard-une-espece-fascinante-et-fragile

https://fondationdelafaune.qc.ca/documents/File/Le%20plongeon%20huard%20Gavia%20immer%20-%203.pdf

Source : Le Journal de Montréal, Marie-France Bornais, observer les 35 couples de Plongeons huards… mais de loin dans le parc de la Mauricie, 21 juin 2025

Photo: Nathalie Léonard

Un chant, un appel : le huard, un trésor à préserver Programme Engagement – Fonds de Recherche du Québec – 2025

Vous avez accès à un lac des Laurentides? Vous avez la chance d’y entendre et d’y admirer le Plongeon huard? Vous vous souciez de sa préservation? Vous avez quelques heures à offrir pour un projet de science participative? Voici votre chance!
Nous sommes une équipe dynamique financée par le Fonds de recherche du Québec et nous nous intéressons aux perturbations humaines sur la reproduction des Plongeons huards. Nous recrutons présentement des bénévoles afin d’effectuer des observations sur des lacs des Laurentides fréquentés par ces magnifiques oiseaux aquatiques.

Si le défi vous intéresse et que vous souhaitez faire des observations au lac Sauvage, contactez un membre de notre équipe pour en savoir davantage et pour vous inscrire.