Volume 36 / no1

Une histoire ordinaire

Un texte de Pierre Cossette

J’aimerais vous raconter un incident qui m’est arrivé, fin mai, au lac Sauvage. J’étais venu au chalet de mon fils pour réaliser de menus travaux, il s’agit du petit chalet au toit vert assez isolé, situé au bout du lac. J’étais seul, aucun voisin en vue.  Vers la fin de l’après-midi, je vais faire une réparation sur le toit en utilisant la vieille échelle de bois laissée par le propriétaire précédent. L’échelle se brise et se dérobe sous mes pieds.  Me voilà projeté dans le vide. Je tombe sur la terrasse en pierres en contrebas directement sur le dos. Là, je ressens une douleur intense et je ne peux bouger. Je crains d’être paralysé. Je crie, mais il n’y a personne en vue. Mon téléphone resté dans le chalet est inaccessible.

Soudain, j’entends une chaloupe s’approcher et une voix familière. « Est-ce que je peux t’aider? » Quel soulagement ! C’est Denis Grand’Maison qui pêchait au large. Je me voyais déjà passer la nuit là, rongé par les moustiques. Car des moustiques il y en avait et j’étais vêtu d’un simple short. Denis me recouvre d’une couverture et d’un filet pour la tête et il appelle le 911. Il insiste, car ils ne semblent pas très coopératifs. Finalement, ils envoient une ambulance que Denis va guider par téléphone.

Arrivés sur place, les ambulanciers me prodiguent les premiers soins, mais ils ne peuvent me sortir de là, car ils ne sont que deux et l’escalier est plutôt raide. Encore là, Denis leur donne un coup de main, malgré son âge vénérable. Ensuite, il me prépare ma valise et il appelle mes proches pour les informer de ma mésaventure.

Quelques minutes plus tard, à l’urgence à Sainte-Agathe, on me diagnostiquera quatre côtes et une vertèbre fracturées. Mais, heureusement, je ne suis pas tombé sur la tête, je n’ai pas de poumons perforés et mes vertèbres cervicales ne sont pas affectées.

Quand j’y repense et que je me repasse le film des événements, je me considère chanceux. Mais, surtout, que me serait-il arrivé sans la présence de Denis, mon bon samaritain? En plus, il m’a dit par la suite qu’il ne devait pas aller pêcher ce jour-là. C’était donc un pur hasard qu’il ait été là.

Merci Denis. Tu es vraiment un chic type. Je t’en dois une.

 


 

Des nouvelles toutes fraîches

J’ai contacté Pierre au tout début du mois d’août, question de savoir comment se déroulait sa récupération, on se rappelle que le malheureux incident a eu lieu à la fin du mois de mai.

«Je vais bien. J’ai dû faire une croix sur le vélo et la course à pied, mais j’ai recommencé à marcher. Je devais faire la Gaspésie à vélo, mais j’ai annulé. J’ai parfois une douleur au dos, mais rien de sérieux. Je n’ai pas de séquelles, du moins apparentes. Et surtout, j’évite les échelles. J’ai revu Denis Grandmaison, il était heureux de constater que j’allais bien. Il faut se rappeler qu’un décès est survenu il y a quelques années sur le bord du lac Sauvage. Quelqu’un qui avait glissé, on l’a retrouvé quelques heures après. D’où l’importance de faire attention lorsque l’on est seul.» 

Patrice Francœur